Les arguments fatigués et les guénilles molles

Petit guide pour répondre du tac au tac à des opposant·es à la mobilisation qui s’objectent pour s’objecter ou qui défendent l’ordre établi.
27 mars 2026

mardi 17 mars 2026
Marie-Ève Mathieu (Chronique du Parti de la rue- PDLR)

Il existe une expression dans la langue de Shakespeare, your tired argument, pour illustrer ce que les Français désignent, quant à eux, par une idée reçue. Cela équivaut, bien souvent, aux commentaires dans les fils de conversation Meta qui regorgent de banalités et de stéréotypes. J’aime la force de l’image de l’expression anglaise, celle d’une idée qui est déjà épuisée, qui n’a rien de nouveau ou de signifiant, avant même qu’elle soit énoncée. Malheureusement, ceux qui sont familiers avec la loi de Brandolini savent que « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des sottises est bien supérieure à celle requise pour les produire. » Avec les assemblées locales pour les votes de grève sociale, voici un petit guide pour répondre du tac au tac à des opposants à la mobilisation qui s’objectent pour s’objecter ou qui défendent l’ordre établi. C’est-à-dire un pouvoir qui les dépossède objectivement de droits antérieurement acquis.

« 1. Nos cotisations sont déjà bien assez chères de même. »

Oui, si elles le sont, c’est en prévoyance d’un fonds de grève pour se donner des options lors d’un conflit de travail. Sinon, c’est difficilement possible de recourir à la grève comme moyen de pression en temps normal. Par ailleurs, les conséquences d’une grève sociale n’ont pas été encore édictées par le gouvernement. Je ne mentirai pas, les amendes et les contraintes pourraient être importantes. Il est aussi possible que cela se fasse à coût zéro, car la seule menace d’immobiliser de larges parts de la société pourrait être suffisante comme menace pour faire bouger le gouvernement. De toute façon, cela n’a rien à voir avec le taux des présentes cotisations. Ce qu’il en coûtera est le coup de bluff du législateur. Ce que nous arriverons à mobiliser comme forces civiles est le nôtre.

« 2. Il y a un risque de crise de l’inflation ou de crise économique, ce n’est pas le temps de faire la grève. »

La dernière fois qu’il y a eu une crise d’inflation, en 2022, la fonction publique et ses syndicats n’y étaient pour rien. S’il y a une envolée des prix, c’est sans doute à cause des prix de l’essence et du conflit en Iran. Nous n’y pouvons rien d’une manière ou d’une autre. Si la guerre vous inquiète, il ne faudrait pas laisser adopter la loi 13 sur la sécurité. Cela va devenir dur de manifester, car on pourra se faire fouiller avant les manifestations, se voir interdits d’aller à certains endroits, voire se faire retirer nos pancartes, car les bâtons pourraient être vus comme des objets dangereux.

« 3. On devrait prendre notre argent pour payer des avocats pour qu’y défendent nos droits. »

Non, si vous dites cela, vous avez mal compris la portée de la loi 1 et de l’utilisation de la clause dérogatoire. En effet, toute contestation d’une loi que le gouvernement déclarerait comme protégeant la nation québécoise pourrait être interdite. Cela se veut pour serrer la vis au Collège des médecins et possiblement au Barreau. Si vous vous imaginez que les syndicats vont avoir les coudées franches, vous êtes gravement mal informés.

4. « Il n’y a pas de momentum. Il vaudrait mieux attendre à l’automne. »

Non pas encore, mais voter contre la grève sociale ne va définitivement pas aider à le créer. En outre, rendus à l’automne, plusieurs des lois restreignant nos droits collectifs auront été adoptées, nous ne serons plus en mesure de nous défendre. Pas dans la rue, pas devant les tribunaux. Même si l’on défait la CAQ en octobre prochain, le mal sera déjà fait. Peut-on s’arrêter pour mesurer à quel point ce qui se passe est profondément antidémocratique et franchement alarmant ? Il est possible qu’on adopte un projet de constitution sous le bâillon et cela, sous l’autorité d’un gouvernement hautement impopulaire qui n’a jamais demandé un mandat pour ce faire.

« 5. Pourquoi ce ne sont pas les employés de la santé qui font la grève et que cela doit être nous autres ? »

Certains secteurs de la fonction publique n’ont presque plus de marge de manœuvre à cause de la loi sur les services essentiels qui existait déjà et la nouvelle loi 14 (loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out) adoptée l’an passé et maintenant en vigueur.

À cet égard, c’est le temps d’être solidaires avec les groupes communautaires et les associations étudiantes. Les premiers n’ont pas les bons salaires, les solides fonds de grève et la latitude des groupes dans le secteur de l’éducation notamment. On pense aux professeurs et professeures de cégep. Pourtant, les travailleurs communautaires vont sortir lors de grèves tournantes. Les seconds y perdent aussi, car les cours levés doivent être repris et raccourcissent d’autant la période des vacances d’été et des emplois qui y sont reliés et ils n’ont pas nos salaires… En ce moment, si nous ne sortons pas, cela va coûter cher à tout le monde.

« 6. Cela ne va rien changer. »

Bien sûr, avec cette attitude, nous n’irons pas loin. À ce compte, cela ne sert à rien non plus de voter. De plus en plus de gens ne le font plus. Certains par conviction anarchiste, d’autres par cynisme, d’autres par indifférence. Une chose est certaine en contrepartie, même si on ne se préoccupe pas de politique, la politique s’occupe de nous.

N’avez-vous rien remarqué ? Depuis 2024, le monde s’est dangereusement mis à rapetisser, le champ des possibles a diminué. Avez-vous réalisé le nombre de pays qui ont versé dans l’autoritarisme ou qui s’en rapprochent ? Est-ce que nous voulons dévaler cette pente dangereuse au Québec aussi ? C’est pour cela qu’il faut se lever, être mobilisés et militants, nous ne sommes pas des guénilles molles.