Le réchauffement va beaucoup plus vite qu’annoncé et la crise climatique s’aggrave dangereusement

19 septembre 2022

Gérard Pollender, 18 septembre 2022

Introduction

Arrivé presqu’au terme de ses 25 ans, le 21è siècle nous dévoile peu à peu la face hideuse des fossiles. Parce que la rente fossile, véritable poule aux œufs d’or pour les géants énergétiques tels que BP, Shell, Total, continue de remplir leurs coffres multimilliardaires, la planète Terre continue de se réchauffer à un rythme effréné. Le combat pour stopper ce processus est crucial. C’est la vie sur la Terre qui est menacée. Et le temps presse. Au niveau mondial, les jeunes ressentent intensément le danger qui gronde, car toute leur existence se déroulera au 21è siècle. Le terrible constat actuel appelle la lutte. Ce texte se veut un essai pour présenter l’état des lieux en ce mois de septembre 2022.

L’État des lieux

Alors que les géants énergétiques ont dans leurs cartons 195 projets pétroliers et gaziers et 230 mines de charbon opérationnels ou en construction dans 48 pays, la planète Terre continue dangereusement de se réchauffer chaque année. Et ce n’est pas la planète Terre qui est en danger, elle continuera à tourner autour du soleil pendant des centaines de millions d’années; ce sont bien les êtres humains et des multiples formes de vie qui sont en danger. La catastrophe, en fait, nous y sommes déjà. La température a augmenté de 1,2 degrés et cela suffit à multiplier et à intensifier des sécheresses, des vagues de chaleur, des pluies torrentielles, des tempêtes, etc. En cas de dépassement de la limite de 1.5 degrés, les effets négatifs et les dégâts irréversibles s’intensifieront encore à chaque hausse du réchauffement. Une partie des écosystèmes, tels que certains coraux, des forêts tropicales ou des régimes polaires, ont atteint le point de non-retour. Ce sont entre 3,3 et 3,6 milliards d’êtres humains qui vivent dans des contextes qui sont vulnérables au changement climatique.

Pas besoin d’être climatologue pour imaginer l’impact d’un réchauffement de 1,5 degré. Selon les spécialistes, les projections fournies par les modèles sous-estiment la réalité. Tout va plus vite qu’annoncé. Des régions accueillant 2 milliards de personnes deviennent inhabitables, la chute de la biodiversité s’accélère et la survie de notre de notre espèce est menacée.

Aucun continent n’est épargné

Cet été 2022, c’est l’assèchement des fleuves en Europe occidentale :
En Italie, le Pô asséché;
En France, la Loire réduire à un filet d’eau. L’été 2022 est le plus chaud jamais enregistré en France et ravive le spectre du nombre élevé de décès lors de la canicule de 2003, soit 15,300 décès;
En Angleterre, la Tamise tarie à la source sur 8 kilomètres;
En Allemagne, le Rhin si bas que la navigation y devient impossible.
Cet été 2022, des pics à 40 degrés à la fois en Chine, en Europe occidentale et aux États-Unis.
Aux États-Unis présentement, ce sont des chaleurs intenses en Californie (des recherches ont aussi révélé que la Californie est de plus en plus à risque de subir une super-tempête d’une durée d’un mois). On annonce récemment que des pluies intenses provoqueraient des inondations catastrophiques sur l’Ouest de États-Unis.
Au printemps 2022, des pics à 40 degrés en Inde et au Pakistan.

En Chine : »La vague de chaleur extrême qui frappe la Chine est la plus sévère jamais enregistrée sur la planète et affecte durement la production d’énergie, la distribution d’eau et la production agricole. C’est une des pires canicules jamais enregistrée et elle touche une bonne partie de la Chine depuis la fin du mois d’août, au point de menacer les récoltes de l’automne et de susciter une grave pénurie d’eau dans de nombreuses villes du pays. Conjuguées à la chaleur extrême qui frappe la Chine, les faibles pluies ont entraîné une baisse dramatique du niveau des cours d’eau avec 66 d’entre eux complètement asséchés. » (1) La gravité de la situation en Chine est telle que les autorités chinoises ont été amenées à ensemencer les nuages pour essayer de provoquer la pluie, sans possibilité de vérifier si la pluie qui finit par tomber était le résultat d’un phénomène naturel ou le résultat de leur expérience d’apprenti-sorcier (géoingénierie oblige!)

Au printemps en Inde et au Pakistan, des pics à 40 degrés
Pourquoi parler de 40 degrés? Parce que la chaleur humide est plus difficile à supporter car elle rend plus ardue la transpiration et on ne parvient pas à se refroidir. Un des facteurs pour mesurer ce phénomène, c’est quand la température ressentie atteint les 41 degrés.
En Australie, des feux dévastateurs ces dernières années
En Afrique, 14 sécheresses extrêmes au cours des 2 dernières années
Au Pakistan présentement, les pires inondations depuis 30 ans
En Amérique du sud, la fonte de glaciers en Patagonie

L’Amazonie est en feu présentement. La destruction de l’environnement dans certaines parties d’Amazonie est si complète que des pans entiers de la forêt tropicale ont atteint le point de basculement et pourrait ne jamais pouvoir se reconstituer.

À l’échelle de la planète, les étés vont être symptomatiques tous les ans à peu près partout. Mais en Amazonie, au Sahel et en Afrique australe, dans la péninsule arabique, en Inde, en Asie du Sud-est, des conditions vont être particulièrement dures à vivre. Selon le dernier rapport du Giec, la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur continuera d’augmenter même si le réchauffement global est stabilisé à 1,5 degrés.

La réalité observée est conforme aux projections scientifiques. Mais elle les dépassent de loin. Tout va beaucoup plus vite qu’indiquaient les modèles mathématiques. On voit des températures qui bondissent soudainement de 4 ou 5 degrés au-dessus des moyennes saisonnières : de tels extrêmes étaient plutôt attendus vers 2030 ou au-delà et non en 2022.

Il ne reste plus guère de temps pour agir. On va droit dans le mur. Et le pire est à venir. Sans une réduction immédiate et drastique des GES, il sera définitivement impossible de limiter le réchauffement à 1,5 degrés par rapport à l’ère préindustrielle. Le pic des émissions doit être atteint au plus tard en 2025.

Pour sauver le climat, il faut en priorité arrêter de brûler du charbon, du pétrole et du gaz. Le Giec donne 3 ans pour s’adapter. Selon Jean-Pascal Ypersele, ancien vice-président du Giec, si nous voulons que les choses n’empirent pas encore, il n’y a pas 36 solutions. Il faut absolument sortir des combustibles fossiles.

La fonte des glaciers polaires et le cas du Groenland

L’accélération du processus de fonte des glaciers est sans précédent. « La fonte des glaces est, à terme, une menace pour la ½ de l’humanité qui vit dans des grandes villes au bord de la mer. La fonte des immenses glaciers du Groenland et de l’Antarctique peut faire monter le niveau de la mer de quelques dizaines de mètres. Or, il suffit de quelques mètres pour que des villes comme Venise, Amsterdam, Londres, New York, Rio de Janeiro, Shangai, Hong-Kong, soient submergées. Cela ne va pas arriver l’année prochaine, mais les scientifiques ne peuvent que constater que la fonte de ces glaciers s’accélère. Il est impossible de prévoir à quelle rapidité elle aura lieu, beaucoup de facteurs sont pour le moment difficiles à calculer. » (2)
Des 48 grands glaciers qui composent le champ de glace Sud de la Patagonie, 46 sont en recul. Certains perdent jusqu’à trois kilomètres de glace par année. Cette véritable mer d’eau glacée de près de 17 000 km2 (partagé entre l’Argentine et le Chili) est la troisième calotte glaciaire au monde après celles de l’Antarctique et du Groenland. Selon Pierre Pitte, chercheur à l’Institut argentin de nivologie, glaciologie et sciences de l’Environnement « c’est vraiment un signal d’alarme qui doit nous faire comprendre qu’il y a quelque chose qui ne va pas ». (3)

En Antarctique, dans sa partie ouest, le glacier Thwaites, de la taille de la Floride, commence à montrer des signes qu’il pourrait se détacher et se diriger dans l’océan. On dit qu’il ne tient qu’à un fil. S’il fondait au complet, il entraînerait une hausse du niveau de la mer de 3 mètres. Une étude parue dans Nature Géoscience estime que sa fonte s’avère plus rapide que prévue. Si sa fonte continue de s’accélérer, il pourrait céder d’une année à l’autre.

Le cas du Groenland – Les spécialistes estiment que la déstabilisation de la calotte glacière du Groenland se situe entre +1 et +3 degrés (1,5 degrés pour le Giec). Nous sommes déjà dans la zone dangereuse ou en train de nous en approcher à vive allure. Si le point de bascule est franchi, ça pourrait entraîner un effondrement abrupt de la circulation océanique. Cet effondrement n’est pas prévu avant 2100, mais s’il y a un afflux inattendu de masse d’eau provenant de la calotte du Groenland, ça ouvre la possibilité d’un basculement abrupt. Les conséquences de ces basculements seraient extrêmement sévères pour les écosystèmes et les populations, particulièrement pour les masses pauvres d’Asie et d’Afrique. Des centaines de millions d’humains seraient confrontés à une situation dramatique.

»En cas d’effondrement de la circulation océanique, celui-ci causerait très probablement des basculement abrupts des climats régionaux et du cycle de l’eau : un déplacement vers le sud de la ceinture de pluies tropicales, un affaiblissement des moussons en Afrique et en Asie, un renforcement des moussons dans l’hémisphère sud et un assèchement en Europe. (4)
Il n’est pas déraisonnable de craindre que l’évolution au Groenland soit plus rapide que ce que projettent les modèles. L’avenir climatique est plus menaçant que jamais. Les voyants sont au rouge et CLIGNOTENT, CLIGNOTENT, CLIGNOTENT avec insistance.

La catastrophe est en cours (et il faut le répéter), le Giec nous dit qu’elle continuera de progresser même si le réchauffement est limité à 1,5 degrés. Et le désastre actuel est le produit d’un réchauffement de 1,2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle.
Il est évident qu’il faut changer de paradigme de civilisation.

L’inaction des gouvernements

Mais qu’on fait et que font les gouvernements? L’agence internationale de l’énergie a appelé en 2021 à cesser immédiatement les investissements dans de nouvelles installation pétrolières et gazières, pour garder une chance de limiter le réchauffement global à 1,5 degrés.

Depuis 30 ans, les gouvernements n’ont presque rien fait. La part des fossiles dans ce qu’ils dénomment le « mix énergétique » n’a baissé que de 4% en 30 ans, de 86% en 1992 à 82% en 2021. Il faut souligner et mesurer l’extrême gravité de la situation et le terrible danger auquel nous sommes confrontés. L’argument selon lequel les banques et les multinationales investissent aussi dans les énergies renouvelables ne tient pas la route. Des études précises d’ATTAC et autres ONG’s ont montré qu’il s’agit d’une petite -parfois minuscule- partie de leurs opérations financières : le gros continue d’aller vers le pétrole, le charbon, le gaz.

Voici un extrait d’un post publié le 11 août sur les réseaux sociaux : »Avec la sécheresse, le réchauffement montre qu’il peut nous prendre à la gorge et serrer lentement, chaque jour un peu plus, sans se presser, de sorte que nous avons tout le temps de voir la mort progresser – les plus lucides la voient déjà : la mort des végétaux, la mort des rivières, la mort des animaux, notre propre mort. Car comment nous pourrions-nous survivre quand tout disparaît?  » (5)

Face à ces enjeux, les politiques des gouvernements sont totalement inadéquates et pour tout dire criminelles. Ces politiques ne permettent pas de réduire les émissions rapidement et c’est même l’inverse qui se passe. Les gouvernements de plusieurs pays relancent les fossiles.
Récemment, les Pays-Bas, la Pologne, La Tchéquie, l’Autriche ont décidé d’accroître la part du charbon dans la production électrique et la guerre en Ukraine tombe à pic pour freiner les politiques écologiques qui gênent les capitalistes. La reprise post-pandémie et la guerre de Poutine contre le peuple ukrainien ont déclenché tous azimuts une ruée sans complexe sur les combustibles fossiles (charbon en Chine, en Russie, en Turquie; lignite en Allemagne, gaz de schiste au États-Unis, gaz dans l’Union européenne). L’Italie ouvre à son tour des centrales au charbon.

Même si le monde pourrait bientôt vaciller au bord d’une récession mondiale, beaucoup de pays auront toujours besoin d’énergie pour se chauffer l’hiver.
Tout ce formidable gâchis est un facteur potentiel d’approfondissement spectaculaire de la crise de légitimité des puissants de ce monde.

Mais quel plan?

S’il n’y a pas de plan public alternatif à cette situation, les solutions individuelle telles que l’achat de climatiseurs prévaudront, entraînant une hausse de la consommation d’énergie et des émissions de CO2.
»La crise que nous connaissons quelle que soit la manière dont elle est gérée, sera gérée par l’État.Il existe un récit fréquemment mis en avant par les entreprises et les gouvernements selon lequel il relève essentiellement de la responsabilité des individus de résoudre le désastre écologique (…) Il est important de souligner que les changements de mode de vie individuels ne seront jamais la solution et que ce que l’on peut faire en tant qu’individu a un effet extrêmement limité. » (6)

Le repli individuel écoanxiogène n’étant pas une option, seule la lutte collective pourra permettre de sortir de l’impasse et de régler les immenses problèmes posés par le XXI e siècle.

Le plan Biden de 400 milliards qui fait de nombreuses concessions aux intérêts des énergies fossiles a été qualifié de plan qui ressemble à un pacte de suicide climatique selon le directeur états-unien du centre de la biodiversité. C’est une révolution pour les énergies renouvelables appuyées sur une croissance des énergies fossiles explique un responsable de Greenpeace. Comme le souligne le journal Le Monde, les énergies nouvelles seront liées aux fossiles dans la délivrance des permis d’exploiter sur les terres fédérales. Pas d’éoliennes ou de panneaux solaire sans que le département de l’intérieur qui contrôle et préserve les terres appartenant à l’État n’ait d’abord ouvert l’exploitation au gaz et au pétrole.(7)
Nous n’avons pas de gouvernements écosocialistes pour le moment, ni de gouvernement révolutionnaire écosocialiste mondial, appuyés par de puissants mouvements de masse citoyens, pour planifier et organiser la transition énergétique. Tout dépend des mouvements sociaux qui se mobilisent contre les gouvernements au service des capitalistes.

Les pronostics les plus pessimistes prédisent la mort de la ½ de l’humanité, soit 4 milliards d’êtres humains. La perspective écosocialiste est la seule qui peut nous sauver d’un tel désastre.
L’extrême-droite pro-fossile, climato-sceptique, même négationniste, avec ses composantes fascisantes, est en progression au niveau planétaire. La lutte pour y faire échec est partie prenante de la perspective stratégique écosocialiste.

Les jeunes générations de militants et militantes ne reculent ni ne reculeront, à l’exemple de Greta, devant les défis colossaux que leur pose le 21e siècle, car c’est dans ce siècle qu’ils vivront leur existence, leur vie adulte.

La gestion de l’eau est un point-clé

Avec la canicule et la sécheresse qui se combinent, l’eau se raréfie. Plusieurs pays vont devoir réduire leur consommation d’eau. Avec un réchauffement de 2 degrés, ce sont 800,000 à 3 milliards de personnes qui pourraient connaître une pénurie d’eau.

Le maintien du statut de l’eau comme bien public est au cœur des questions d’équité. Un autre système doit être mis en œuvre pour les ménages : gratuité de la consommation correspondant à la satisfaction raisonnable des besoins réels; boire, se laver, laver la maison, faire la vaisselle et la lessive, puis tarification rapidement progressive au-delà de ce niveau. La protection des personnes devrait être une autre priorité effective.

Ce serait le drame s’il fallait choisir entre boire de l’eau, arroser les culture (et quelles cultures?) et refroidir avec de l’eau les centrales nucléaires (ce qui réchauffe les rivières), centrales qui sont là pour produire de l’électricité, électricité pour alimenter (entre autre) la voiture individuelle électrique. Or, l’électricité, dans la plupart des pays est produite à partir des énergies fossiles(charbon et pétrole). Une autre raison pour laquelle le nucléaire n’est pas une option.Quant aux voitures individuelles électriques, elles émettent moins de CO 2, mais contribuent au désastreux « tout à l’électricité ». Si l’on veut réduire drastiquement les émissions, on ne peut pas échapper à une réduction significative de la circulation des voitures privées, grâce à la promotion de moyens de transport alternatifs : transports publics non polluants et gratuits, zones piétonnes, voies cyclables. La voiture électrique entretient l’illusion qu’on peut continuer comme avant, en changeant de technologie.

La socialisation de l’énergie, de la finance, de l’eau est impérative de même que la sortie de l’agrobusiness et il faut organiser la fin rapide de la mobilité basée sur la voiture individuelle.
Et comme l’affirme Daniel Tanuro, la guerre du climat est commencée et c’est une guerre de classe.

Par Gérard Pollender, le 18 septembre 2022

PS. : Cet article tire son inspiration de 2 textes de l’écosocialiste Daniel Tanuro. »Du charbon dans le Green Deal… » est cité dans les notes ci-dessous. L’autre texte s’intitule « Sécheresse, canicule et Révolution » paru sur le site de Europe Solidaire Sans Frontières, 13 août 2022.

NOTES

Note 1. »Chine : les nuages s’accumulent pour Xi Jinping à l’approche du XX e congrès du Parti », par Pierre-Antoine Donnet, paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, 7 septembre 2022.

Note 2. »11 fausses pistes sur le climat », par Michael Löwy, 6 septembre 2022, tiré du blogue de l’auteur.

Note 3. Le Devoir, les samedi 5 et dimanche 6 septembre 2020.

Note 4. »Du charbon dans le Green Deal – l’Union européenne, la crise climatique, l’énergie », par Daniel Tanuro, paru sur le site Europe Solidaire Sans Frontières, 27 août 2022.

Note 5. Ibid.

Note 6. »Total, BP ou Shell ne vont pas volontairement abandonner leurs profits. Nous devons devenir plus forts qu’eux ». Entrevue avec les jeunes anticapitalistes, par Andreas Malm, paru dans Gauche anticapitaliste. 11 septembre 2022.

Note 7. »Le plan Biden », Commission écologie NPA, 2 septembre 2022.

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